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La Havane dessinée par Jean Claude Forestier

Le grand talent à La Havane

Auteur:
Indira Rosell Brown
Date de publication / actualisation:
17 avril 2023

La verdure sur le Paseo del Prado, l'utilisation de la flore cubaine, les bâtiments de style classique et la symétrie des jardins du Parque de La Fraternidad, sont parmi les exemples du regard ingénieux de Forestier porté sur La Havane. La capitale ne cesse de lui rendre hommage depuis un siècle, en maintenant tant bien que mal son œuvre d’aménagement, avec autant d’intérêt à faire perdurer l’histoire de son prestigieux passé que parfois de mauvais goût pour le restaurer.

Capitolio

La Capitale du sucre

Cuba bénéficiait de la richesse apportée par l'industrie sucrière, favorisée par les liens commerciaux avec les États-Unis. L'île fournissait en effet 56% de la consommation de sucre du grand voisin du nord.

C'est dans ce contexte de prospérité économique que le célèbre paysagiste français Jean Claude Forestier entre en scène, pour aider à matérialiser les rêves d'un président, qui aspirait à transformer Cuba en « La Suisse des Amériques ».

Les ambitions du Président Gerardo Machado

Sa devise de campagne était : "Eau, route et école", ce qui lui valut la sympathie immédiate des Cubains. Mais Machado aspirait à bien plus : il voulait faire de Cuba un pays prospère pour attirer les touristes américains et laisser sa marque dans l'histoire.

Des travaux gigantesques constituaient son plan de développement, de la construction d'une autoroute centrale au nouveau siège monumental du corps législatif, projet qui sera plus tard consolidé avec la construction du Capitole National. Grâce à l'argent de l'industrie sucrière et aux financements nord-américains Machado put réaliser en grande partie ses rêves d’expansion.

Il put, entre autre, faire appel à l'un des plus célèbres architectes paysagistes de l'époque : Jean Claude Forestier. Le Français avait gagné sa réputation grâce à des aménagements très en vue comme la refonte du Champ de Mars, la création de l'Avenue de Breteuil à Paris ou l'urbanisation de la montagne de Montjuic à Barcelone. Pour Machado, il était évident que La Havane devait apparaître dans la liste de ces lieux prestigieux.

Le Master Plan de La Havane entre les mains de Forestier

Survoler La Havane pour observer sa taille et sa disposition fut l'une des premières actions que le paysagiste accomplit en arrivant en 1925. Ceci lui permit de créé un plan visionnaire et ainsi embellir la ville et ses environs.

L'objectif du paysagiste était de réduire la surpopulation par la création de grands espaces verts. Pour y parvenir, il combinera des éléments qui caractérisent son travail : des bâtiments classiques avec des jardins créés à partir de la flore locale.

Les jardins du Capitole national de La Havane ont été l'un des premiers ouvrages de Forestier. L'architecte, inspiré par Versailles, conçut un espace géométrique aux allées fleuries. Le palmier royale, symbole de la nationalité cubaine, fut placée à chaque coin du bâtiment.

Parque de la Fraternidad

Pour le Parque de La Fraternidad Americana, un ensemble de parcs situés à l'extrémité sud du Paseo del Prado, le paysagiste conçut plusieurs parcelles en tenant compte de la disposition des rues et des trottoirs environnants. Il ajouta également des mobiliers de jardin et un Ceiba (Fromager), arbre d’origine africaine, sacré pour la religion Yoruba, qui fut planté avec de la terre de tous les pays indépendants d'Amérique à cette époque.

Paseo del Prado

Le Paseo del Prado est une autre des œuvres de Forestier. Créée depuis l'époque coloniale, l'avenue centrale fut redessinée par l'architecte en 1928. Ses arbres ont été remaniés et des lampadaires, des bancs de marbre et huit statues de lions sculptés en bronze d’anciens canons ont été ajoutés.

Forestier, coupé dans son élan

L'architecte visionnaire avait conçu d'autres œuvres qui n’ont pu voir le jour à cause de la crise économique de 1929, la chute du même président Gerardo Machado et sa mort en 1930.

Ainsi, son rêve de créer le Grand Parc National dans le quartier du Vedado de la capitale ne se réalisera pas. Une partie de ce projet peut cependant se deviner dans ce que les cubains appellent aujoud’hui le Parque Metropolitano, sur les rives de la rivière Almendares.

Universidad de la Habana

En pensant à l'Université de La Havane, Forestier avait prévu un jardin gazebo. Il lui avait imaginé un escalier monumental, encore aujourd’hui nommé "l'escalier" qui fut concrétisé par l'architecte cubain César Guerra.

L'empreinte de Forestier à La Havane

Bien que les idées de Forestier n'ont pu être pleinement incarnées, les traces de son ingéniosité subsistent toujours à La Havane.

Plaza de la Revolución

Comme il l'avait proposé dans son plan directeur, le centre civique, qui était auparavant situé dans la Vieille Havane, fut transféré à ce qui était alors la Loma de los Catalanes devenue la très célèbre Plaza de La Revolución. Les plus grandes avenues, à la parisienne, convergent aujourd’hui vers l'immense place dont rêvait Forestier.

La verdure sur le Paseo del Prado, l'utilisation de la flore cubaine, les bâtiments de style classique et la symétrie des jardins du Parque de La Fraternidad, sont parmi les exemples du regard ingénieux de Forestier porté sur La Havane. La capitale ne cesse de lui rendre hommage depuis un siècle, en maintenant tant bien que mal son œuvre d’aménagement, avec autant d’intérêt à faire perdurer l’histoire de son prestigieux passé que parfois de mauvais goût pour le restaurer.

traducteur:

Stéphane Ferrux-Bigueur

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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