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Histoire

Histoire du sucre cubain (3/3)

Chute de l'empire sucrier

Auteur:
Oscar Zanetti Lecuona
Date de publication / actualisation:
20 janvier 2024

La chute de l’Union Soviétique a mis en évidence les lacunes de l’économie cubaine, en particulier celles de son industrie sucrière. Au début du nouveau millénaire, les dirigeants ont tout de même tenté de sauver une partie de l'ancien secteur du sucre fleurissant, encore plongé dans une grande dépression.

Recolección caña de azúcar

Lorsque la débâcle soviétique toucha l’économie nationale en faisant chuter la richesse du pays de plus d’un tiers, le sucre resta une nouvelle fois le principal moyen de paiement dans le règlement des transactions internationales.

Le sucre comme moyen de subsistance

Le secteur sucrier comptait des moyens suffisants pour maintenir sa production même s’il devait vendre son produit à des prix ne couvrant pas les coûts. La vieille consigne « du sucre pour croître » s’est vite transformée, à l’aube des années 90, en « du sucre pour survivre ».

Siembra de caña de aúcar

Les récoltes ont continué à se vendre par avance en même temps que le volume des échanges s’est réduit de moitié en à peine cinq ans. Quant à la production de canne à sucre, la chute fut encore plus dévastatrice dans la mesure où les cultures avaient été réorganisées sur des bases purement coopératives, sans engrais, sans irrigation et en coupant les cannaies qui n’avaient pas encore terminé leur cycle de maturation. Le résultat d’une mesure très antiéconomique : « qu’il ne reste aucune canne à sucre debout ».

On suppose que la « première industrie cubaine » produisait avec un manque cruel de matériel. Le peu disponible n’était ni réparé ni remplacé. Ce qui était économisé en ressources se perdait en productivité. Les usines en très mauvais état ont commencé à se paralyser sans jamais atteindre les objectifs de rentabilité souhaitée.

La restructuration sucrière

À la fin des années 90, les prix restaient faibles et les perspectives peu reluisantes. La nature du problème commença à être mise en avant : peu de stimulation au travail, technologie obsolète… Les spécialistes étudièrent des solutions pour maintenir cette industrie de façon rentable. Elles supposaient toutes un ajustement de la production et une modification des usines pour gagner en efficacité, on commença alors à parler de « restructuration ».

Transporte de caña de azúcar

En 2002, alors que la « période spéciale » était passée et que l’économie nationale avait trouvé de nouvelles ressources (tourisme…), les autorités décidèrent finalement de restructurer profondément ce qui avait cessé d’être la « première industrie ». Soixante-dix usines ont été fermées en très peu de temps dont certaines étaient paralysées depuis plusieurs années. 700.000 hectares de cannaies ont été reconvertis en d’autres cultures. Enfin, le trafic ferroviaire fut considérablement réduit en même temps que 60.000 travailleurs déplacés. Durant ce processus, ces derniers ont continué à percevoir des allocations pour les inciter à reprendre leurs études.

Afin d’amortir les conséquences socio-économiques de ces mesures, le Ministère du sucre se chargea de préparer les terres destinées aux nouvelles cultures, facilitant ainsi la mobilité des travailleurs et continuant à offrir les services habituels (électricité, eau…) aux habitants des sucreries désaffectées.

Central Azucarero

Largement prise en charge par les collectivités sucrières, cette restructuration fut peu commentée par la population. Bien que ce fut l'un des plus grands changements dans l’histoire économique cubaine, il n’eut que peu d’impacts sociaux ou sociétaux à l’exception bien sûr des communautés touchées pour lesquelles la restructuration fut un choc dans leur mode de vie.

Une décadence de l'empire du sucre

Dans de nombreuses communes, les usines désormais désertes, représentaient la principale source de travail. Certaines sucreries étaient même le point névralgique de plusieurs municipalités. Pour toutes ces personnes dont l’existence s’était écoulée au rythme des sucreries, il ne leur restait que des structures squelettiques vidées de leur équipement, des locomotives abandonnées au bord des chemins, ou des matériaux laissés par manque d’utilité. Bien qu’il n’y ait pas eu d’abandon de postes, les emplois offerts ne correspondaient souvent pas aux capacités des travailleurs « excédentaires » ni à leurs souhaits. On vit apparaitre de sérieux problèmes d’identité autant dans les commununes que chez les individus. 

Producción de azúcar en Cuba

Ici ou là, une équipe de baseball conserve le nom d'une vieille sucrerie, un groupe de musique anime les nuits désertes de la ville, des danseurs investissent la vieille « maison de logement » pour la transformer en un espace de divertissement. Mais rien de cela ne permet la préservation de l’identité sucrière ou son adaptation à la vie moderne. Une vie moderne qui conserve malgré tout l’empreinte de la tradition sucrière.


Espacio Laical

Espacio Laical (Espace Laïc) est un projet de communication sociale, rattaché au Centre culturel Padre Félix Varela de l'Archidiocèse de La Havane. Créé depuis 2005, la revue a pour objectif d’offrir une lecture chrétienne de la société cubaine, en dialogue avec d’autres visions. C’est une réponse à la volonté d’évangélisation de l’Église à travers un espace de rencontres, d’écoute et de compréhension. Son objectif est d’œuvrer à la prospérité et à la fraternité de la société cubaine (de là son caractère éminemment laïc). Organisé autour du magazine trimestriel, Espacio Laical comprend également un supplément numérique et une variété d'événements qui cherchent à promouvoir la réflexion autour de différents aspects religieux, sociaux, culturels, politiques et économiques de la vie nationale. Voir leur site internet : https://espaciolaical.net/

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