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Histoire de la vaccination à Cuba

La place prépondérante de Cuba dans les sciences biologiques en Amérique Latine

Auteur:
Indira Rosell Brown
Date de publication / actualisation:
15 octobre 2023

Si Cuba est reconnue mondialement pour ses compétences dans le domaine des sciences biologiques, peu savent quand et comment a débuté cet intérêt. C'est bien dans le passé qu'il faut aller chercher les graines du succès que l’industrie biotechnologique cubaine détient aujourd’hui.

Vacunas COVID-19

Il est indéniable que la biotechnologie cubaine a connu un développement vertigineux après la révolution de 1959, mais ce succès trouve ses racines dans les travaux d’éminents scientifiques qui, depuis le XIXe siècle, ont oeuvré dans cette direction.

Aux prémices de la vaccination de masse à Cuba

C’était en 1802. Cuba était frappée par l’épidémie de variole qui touchait une part importante de la population. Le docteur Tomés Romay, profondément préoccupé par la situation épidémiologique de l’île, s’engage à trouver une solution définitive pour éliminer ce fléau. Selon un article scientifique publié par Romay dans le Papel Periódico de La Havane, les médecins cubains connaissaient la vaccination contre la variole. Ce vaccin avait été découvert par le médecin anglais Edward Jenner.

Doctor Tomás Romay Chacón (1764-1849)

C’est alors que Tomas Romay décida de suivre les traces de ses confrères anglais. Il rechercha partout sur l’île du bétail infecté par la variole. L'objectif était d'en extraire du matériel infectieux des vésicules pour qu'il soit ensuite inoculé à la population. L’opération échoua, cependant Romay ne s’arrêta pas à cet échec. En février 1804, il obtint le vaccin à partir d’enfants vaccinés contre la variole à Porto Rico. Il commença à l’appliquer à Cuba, en commençant par deux de ses enfants.

Trois mois plus tard arrivait à Cuba La Real Expedition Philanthropique du Vaccin qui prétendait apporter cette méthode prophylactique dans les colonies espagnoles en Amérique. Les membres de ce projet ont été agréablement surpris d’apprendre que le persévérant médecin Romay avait déjà commencé à vacciner les villageois.

Real Expedición Filantrópica de la Vacuna

À partir de ce moment, fut créée la Commission Centrale de Vaccination dont Romay était le président et à partir de laquelle il lutta pour l’instauration de la vaccination de masse sur l’île. Bien qu’il n’ait pas atteint cet objectif, son travail durant trois décennies a permis une réduction sensible de la variole. À la fin du XIXe siècle, c'était une maladie avec très peu d’incidence à Cuba.

En raison de son travail de médecin, Thomas Romay gravit les échelons les plus élevés de sa profession : il fut membre de la Commission de Vaccin de Paris et des Sociétés médicales de Bordeaux et de la Nouvelle-Orléans. Il est également ordonné chevalier commandeur d’Isabelle la Catholique.

Laboratoire Histo-bactériologique et Institut de Vaccination Antirabique : un partenariat entre Cuba et la France

Pour les médecins cubains du XIXe siècle se renseigner sur les découvertes scientifiques les plus récentes et les plus efficaces était d’une grande importance. Ainsi, ils témoignèrent d'un vif intérêt pour la découverte et l’administration du vaccin contre la rage par l’éminent scientifique français Louis Pasteur.

Luis Pasteur

Selon les chroniques de l’époque, le docteur Juan Santos Fernández, qui était déjà un médecin reconnu vers la seconde moitié du XIXe siècle, fut le principal promoteur à Cuba des découvertes de Pasteur. Santos Fernández, apprenant les excellents résultats obtenus après l’application du vaccin contre la rage a commencé à concevoir un projet pour apporter à Cuba ces nouvelles méthodes.

À cette époque, la rage était une maladie incurable et mortelle. Le docteur Santos Fernández et ses collègues étaient très enthousiastes à l’idée d’appliquer à Cuba les découvertes du scientifique français. Pour atteindre cet objectif, les médecins cubains s'engagèrent dans la création d’un laboratoire.

Création du premier laboratoire en Amérique latine pour la formulation de vaccins

Les docteurs Diego Tamayo et Francisco Vildósola se rendirent à Paris pour rencontrer Louis Pasteur. Ce dernier les instruisit durant six mois sur les récentes découvertes. Pendant ce temps, Santos Fernández importait des États-Unis à La Havane, avec son propre argent, le matériel et les appareils nécessaires au laboratoire.

BIOCUBA Farma

Dans la Quinta de Toca, résidence de Santos Fernández qui se trouvait sur l’avenue centrale Carlos III, fut créé le 8 mai 1887 le laboratoire Histo-bacteriological et l’Institut de vaccination antirabique. Ce centre est considéré comme le premier centre d’Amérique latine à formuler des vaccins à titre expérimental.

Le laboratoire comprenait quatre sections consacrées à l’histologie, l’analyse clinique, la bactériologie et la rage. Il enseignait également aux jeunes Cubains et dispensait des conseils juridiques dans le domaine de la médecine légale.

Le vaccin antirabique, mis en œuvre dans tout Cuba et gratuitement pour les plus pauvres. Les sérums antidiphtériques, antirabiques, antitétaniques et antistreptococciques, ont été les résultats les plus pertinents du laboratoire. Il faut également souligner son travail préventif en informant sur les caractéristiques de la rage chez les animaux, les symptômes de la maladie et la manière de la prévenir.

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Vaccin Cubain

Le laboratoire Histobacteriolófico et l’Institut de vaccination antirabique ont poursuivi les travaux entreprit par Tomés Romay. Au cours de la première moitié du XXe siècle, d’autres éminents scientifiques dans le domaine de la biologie, ont continué à apporter de précieuses contributions à la recherche. Ce sont toutes ces contributions qui ont placé Cuba dans la position centrale dans le domaine la médecine en Amérique latine.

traducteur:

Elodie Vandenbossche

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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