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Grottes de Punta del Este : les mystérieuses peintures aborigènes

La Chapelle Sixtine de l'art rupestre caribéen

Auteur:
Indira Rosell Brown
Date de publication / actualisation:
11 octobre 2023

Les grottes de Punta del Este sont situées dans la municipalité cubaine spéciale d'Isla de la Juventud et sont connues pour leurs peintures rupestres datant de l'époque précolombienne.

Cuevas Punta del Este

« Une grotte de 50 pieds de profondeur avec une voûte percée de cheminées et des murs ornés de dessins indiens », cette phrase écrite par le géographe français Charles Berchon dans son livre À travers Cuba, révélait l'existence de Punta del Este, le système de grottes le plus énigmatique de l'île.

L'élément marquant de ces cavités est la décoration suggestive de ses voûtes, qui, comme l'ont montré des études archéologiques, sont antérieures à l'arrivée de Christophe Colomb aux Amériques. Les cercles concentriques, rouges et noirs, qui ornent ces grottes restent encore un mystère pour ceux qui les ont visités. L’un des grands admirateurs de cette œuvre pariétale était l’érudit cubain Fernando Ortiz, qui n’hésitait pas à qualifier les grottes de Punta del Este de « Chapelle Sixtine de l’art rupestre caribéen ».

L'énigme des quatre grottes

Le système de grottes de Punta del Este, déclaré site du patrimoine national en 1979, est composé de quatre grottes qui couvrent 33 kilomètres carrés de surface et est entouré d'une nature abondante de faune et de flore diverses.

Cuevas Punta del Este

La grotte numéro une, désignée par Fernando Ortiz comme étant « le temple aborigène cubain » en raison de la magnificence des peintures trouvées, est la plus importante pour ses 213 pictogrammes qui constituent près d'un tiers des peintures rupestres de tout Cuba. Les dessins trouvés dans la voûte de cette grotte décrivent des cercles concentriques rouges et noirs qui, selon les chercheurs, font allusion au cosmos.

Au centre du motif central de l’œuvre, représenté par une ellipse, apparaît une flèche pointant vers l’est, là où se trouve l’embouchure de la grotte. C'est précisément par cette ouverture que pénètrent les rayons du soleil à l'aube, illuminant l'élément pictural. Les chercheurs ont émis l’hypothèse que les auteurs de ces peintures pariétales voulaient peut-être relier le « motif central à la divinité solaire ».

Mais l’énigmatique pictogramme comporte d’autres éléments qui l’enrichissent : plusieurs figures de cercles concentriques apparaissent à l’intérieur. L'un d'eux décrit treize cercles noirs qui symbolisent, selon Fernando Ortiz, les treize mois lunaires de l'année. Les deux autres, à quatre cercles chacun, suggèrent, pour celui aux lignes rouges, les équinoxes et les solstices ; et pour celui aux lignes noires, les phases lunaires.

Cuevas Punta del Este

Selon les archéologues, les pigments rouges utilisés dans les peintures rupestres de Punta del Este ont été extraits avec des mortiers de la pierre hématite, très abondante dans les grottes. Tandis que la couleur noire semble provenir du charbon de bois ou de l’oxyde de manganèse. Des dessins de ce style, bien que plus petits en taille et en quantité, sont répétés dans les trois grottes qui suivent la grotte numéro une. Des sépultures humaines ont également été découvertes dans les grottes de Punta del Este.

Grottes de Punta del Este : une découverte fortuite

D'après les historiens, le premier à avoir découvert le système de grottes de Punta del Este serait un médecin nommé Freeman P. Lane qui, après avoir fait naufrage, chercha refuge dans les grottes.

En 1903, le géologue français Charles Berchon fait connaître les grottes au grand public en les décrivant dans son ouvrage. Quatorze ans plus tard, un ingénieur nommé Angeón visite les grottes pour rechercher du guano de chauve-souris, très abondant dans les grottes, à des fins commerciales. L'ingénieur a également rédigé un précieux rapport contenant les plans du site.

GuanoAccumulation d'excréments d'oiseaux marins ou de chauves-souris. Le guano de chauve-souris est très prisé comme engrais naturel.

Don Fernando Ortiz, l'un des plus éminents spécialistes de la culture cubaine, lorsqu'il eut connaissance de ce rapport s'est préparé à mener une expédition scientifique dans les grottes de Punta del Este.

En avril 1922, il arrive dans les grottes et remet un mois plus tard un rapport détaillé sur ses découvertes. Il y décrit non seulement la splendeur des peintures rupestres trouvées sur le site, mais suggère également les significations possibles de l'énigmatique œuvre aborigène.

Un mystère non résolu ?

Des travaux de restauration ont été réalisés dans les grottes, notamment en lavant les parois et en accentuant les couleurs des dessins anciens. Mais le passage du temps et le vandalisme ont miné la magnificence des peintures.

Islavisión

Cuevas Punta del Este

Cependant, les grottes de Punta del Este continuent de constituer une énigme tant pour les étudiants des Aborigènes cubains que pour les amoureux de culture et de nature qui s'aventurent dans ses profondeurs.

traducteur:

Elodie Vandenbossche

Cubanía

Cubanía s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Cubanía souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues.

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